Longtemps, les meublés de tourisme ont échappé au diagnostic de performance énergétique. Ce temps est révolu : depuis la loi du 19 novembre 2024, le DPE fait son entrée dans le monde du gîte, avec un calendrier d'interdiction progressif des passoires thermiques. Que vous achetiez, vendiez ou exploitiez un gîte, voici ce que la réglementation exige vraiment — et à quelles échéances.

DPE et gîte : de quoi parle-t-on ?

Le diagnostic de performance énergétique (DPE) évalue la consommation d'énergie d'un logement et son empreinte carbone, puis lui attribue une étiquette de A (très performant) à G (passoire thermique). Jusqu'à récemment, un gîte loué uniquement en courte durée n'avait pas à en présenter un. La loi « Le Meur » du 19 novembre 2024 a changé la donne en rapprochant le régime des meublés de tourisme de celui des locations classiques.

Il faut distinguer deux situations bien différentes, souvent confondues : le DPE à la vente d'un bien, et le DPE en location d'un meublé de tourisme. Les règles ne sont pas les mêmes.

À la vente, le DPE est obligatoire depuis toujours

Si vous achetez ou vendez un gîte, un DPE valide doit obligatoirement figurer dans le dossier de diagnostic technique, comme pour n'importe quelle transaction immobilière. Il est opposable depuis 2021 : l'acquéreur peut s'en prévaloir. Pour un acheteur, c'est une information capitale : une étiquette F ou G annonce des travaux de rénovation énergétique à prévoir, et donc un budget et un calendrier à intégrer dans son plan de reprise. Vérifier le DPE avant d'acheter fait partie des points à ne jamais négliger, au même titre que l'analyse de la rentabilité.

En location de meublé de tourisme : le nouveau calendrier

C'est la vraie nouveauté. La loi de 2024 impose désormais un DPE aux meublés de tourisme, avec des exigences de performance minimale et un calendrier échelonné. Deux régimes coexistent selon que le gîte est nouvellement mis en location ou déjà exploité.

Pour les nouveaux meublés de tourisme

Un logement mis en location courte durée pour la première fois doit désormais présenter une étiquette comprise entre A et E. Un bien classé F ou G est refusé tant qu'il n'a pas été rénové pour atteindre au moins la lettre E. L'objectif est clair : empêcher que de nouvelles passoires thermiques rejoignent le parc touristique.

Pour les meublés existants

Les gîtes déjà en activité bénéficient d'un délai. Ils devront atteindre au minimum l'étiquette D d'ici 2034. C'est une échéance lointaine, mais qui suppose d'anticiper : les travaux d'isolation et de chauffage se planifient, et mieux vaut les étaler que de devoir tout faire en urgence à l'approche de la date butoir.

Le cas des zones tendues

Dans les communes en zone tendue qui soumettent les meublés de tourisme à autorisation de changement d'usage, le calendrier s'aligne sur celui de la loi Climat et Résilience applicable aux locations classiques :

ÉchéanceLogements interdits à la location
Depuis le 1er janvier 2025Classés G
1er janvier 2028Classés F et G

Une commune conserve par ailleurs la possibilité, via son règlement local, d'imposer un niveau de performance plus exigeant. Renseignez-vous en mairie avant tout projet.

« Une étiquette F ou G n'est plus un simple détail : elle conditionne désormais le droit de louer, et son coût de rénovation se négocie au moment de l'achat. »

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Un vieux corps de ferme est-il condamné ?

Rassurez-vous : la plupart des bâtisses anciennes en pierre peuvent atteindre une bonne étiquette moyennant des travaux ciblés. L'isolation des combles et de la toiture, le remplacement d'un système de chauffage énergivore par une pompe à chaleur ou un poêle performant, le traitement des menuiseries et de la ventilation suffisent souvent à gagner une ou deux classes. Ces travaux rejoignent d'ailleurs ceux d'une transformation réussie : nous les abordons dans notre dossier sur la rénovation d'une grange en gîte. Bonne nouvelle sur le plan fiscal : au régime réel, ces dépenses sont déductibles ou amortissables.

Que risque un gîte non conforme ?

Ignorer ces règles n'est plus sans conséquence. Un logement classé sous le seuil autorisé, dans une commune qui l'impose, peut se voir refuser ou retirer son autorisation de louer en meublé de tourisme. Dans les zones qui ont mis en place une procédure d'enregistrement et de contrôle, la commune peut demander la preuve du respect du niveau de performance exigé, et sanctionner les manquements. Au-delà du risque juridique, il y a un risque commercial : les plateformes de réservation affichent de plus en plus l'étiquette énergétique, et un mauvais DPE pèse sur la décision des voyageurs comme sur celle des futurs acheteurs.

La bonne stratégie est donc l'anticipation. Faites réaliser un DPE dès aujourd'hui pour connaître votre point de départ, puis planifiez les travaux qui vous manquent pour sécuriser votre étiquette avant les échéances. Étalés sur plusieurs saisons, financés au bon moment et amortis au régime réel, ces travaux pèsent bien moins lourd que rattrapés dans l'urgence. C'est aussi l'occasion de gagner en confort et de justifier une nuitée plus élevée.

Questions fréquentes

Mon petit gîte loué quelques semaines par an est-il concerné ?

Les obligations de performance énergétique visent en priorité les meublés situés en zone tendue soumis à autorisation de changement d'usage, et les nouveaux meublés. Hors de ces cas, le calendrier reste celui de la montée en gamme progressive du parc (étiquette D en 2034). En cas de doute sur votre commune, la mairie est l'interlocuteur de référence.

Combien coûte un DPE et combien de temps est-il valable ?

Un DPE réalisé par un diagnostiqueur certifié coûte en général entre 100 et 250 €. Les DPE réalisés depuis juillet 2021 sont valables dix ans.

Le DPE influence-t-il la valeur de mon gîte à la vente ?

Oui, de plus en plus. Un bon DPE rassure l'acquéreur et sécurise son droit de louer. À l'inverse, une passoire thermique se négocie désormais à la baisse, l'acheteur intégrant le coût des travaux à venir dans son offre.

Où trouver l'information officielle ?

Les références sont service-public.fr pour le DPE et le calendrier des passoires thermiques, et le ministère de la Transition écologique, qui publie un guide pratique de la réglementation des meublés de tourisme.

Le DPE n'est plus une formalité optionnelle pour un gîte : c'est une donnée qui pèse sur le droit de louer, sur la valeur du bien et sur votre plan de travaux. À l'achat, faites-en un critère de sélection à part entière ; à la vente, un DPE soigné se transforme en argument. Et si vous cédez votre gîte, présentez-le sous son meilleur jour auprès des bons acheteurs.